Un article de Benoît Grenier et Pascal Grenier
Publié le 15-11-2016 dans Presse-toi à gauche et Le carnet des simplicitaires

Les sables bitumineux de l’Alberta sont surtout reconnus comme étant la principale source de gaz à effet de serre au Canada. Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils ont aussi un impact considérable sur la pollution de l’air. Une étude, réalisée du temps de M. Harper et gardée secrète, viens d’être publiée dans la revue Nature. On y démontre que les sables bitumineux ont été identifiés comme la source principale de pollution de l’air en Amérique du Nord. Les résultats indiquent, pour la première fois, une quantification du rôle des sables bitumineux générant de fines particules nocives venant des opérations minières, ainsi que de la soupe des différents produits chimiques cancérigènes utilisés pour faciliter la séparation du bitume et du sable.

Ces particules montent en haute altitude et sont transportées sur de très longues distances par le courant jet. Dans son parcours le courant jet passe par la région des Grands Lacs qui est également une région très industrielle. Celle-ci produit beaucoup de particules fines ainsi qu’une très grande variété de polluants chimiques et cancérigènes, par ses industries lourdes telles : pétrochimie, raffineries, centrales électriques au charbon, sidérurgie et un très grand parc automobile.

Le courant jet, partant de Colombie Britannique et traversant le Canada d’ouest en est, passe fréquemment par le nord de l’Alberta avec une courbe descendante vers les Grands Lacs. Il poursuit sa trajectoire dans toute la vallée et le golfe du St-Laurent. Sur son parcours, le courant jet récolte une phénoménale quantité de particules fines qu’il sème tout au long de sa trajectoire. Lorsque le courant jet, et les vents de plus basse altitude venant du sud ouest américain, atteignent le Québec et les maritimes, ils ont récolté une grande quantité de déchets et en sème le contenu avec les conséquences désastreuses pour la santé des populations.

Les chercheurs de l’université de Birminghan et de Hongkong ont démontré que les particules fines sont associées au cancer du sein, des poumons, des maladies cardiaques et du diabète.

Les données rapportées par Statistique Canda et la Société canadienne du Cancer en 2015 démontrent la distribution géographique du cancer au Canada. On y remarque une augmentation des cas de cancer de l’ouest vers l’est comme le tableau suivant le démontre.

Provinces canadiennes d’ouest en est Taux d’incidence du cancer par 100 000 habitants % de variation par rapport à l’Alberta
Colombie Britannique 367,6 + 0.5
Alberta 365,7 0,0
Saskatchewan 376,3 +2,8
Manitoba 394,7 +7.9
Ontario 404,2 +10,5
Québec 412,6 +12,8
Nouveau Brunswick 426,6 +16,6
Nouvelle Écosse 420,6 +15,0
Ile du Prince Édouard 402,6 +10,1
Terre Neuve et Labrador 435,8 +19,2

On peut déduire de ce tableau que l’Alberta, l’émetteur principal de la pollution de l’air, a le taux d’incidence du cancer le plus bas. Ce qui frappe aussi dans ces données, c’est la constance de l’accroissement des cas de cancer de l’ouest vers l’est. Dans le rapport précité, l’on propose de corréler les résultats avec les facteurs de risque suivants soient : la consommation de tabac et d’alcool, l’inactivité physique ou les taux d’obésité. Or, aucun de ces facteurs ne peut expliquer une telle régularité dans l’accroissement des cas de cancer de l’ouest vers l’est.

Ces données, même si elles présentent des résultats saisissants et sont associés à quelques hypothèses relativement au transport des matières polluantes, nécessitent évidemment d’être fouillées davantage. Il faudrait répondre à plusieurs questions comme les suivantes :

– Comment se répartissent les statistiques de cancers du poumon et des voies respiratoires puis les maladies cardiovasculaires et le diabète selon les provinces?

– Quelle était la répartition des cancers au Canada avant le début de l’exploitation des sables bitumineux?

– Est-ce que la pollution de l’air peut avoir des effets cancéreux sur d’autres organes par  l’absorption d’aliments contaminés ou par les contacts avec la peau par exemple?

Ces résultats, quoique préliminaires, provoquent de fortes inquiétudes concernant les effets sur la santé des populations du centre et de l’est du Canada par les particules fines  provenant majoritairement des sables bitumineux.

Les coûts de santé ne cessent d’exploser. Selon l’Association canadienne des médecins, c’est plus de 10 G$ par année qui sont dépensés uniquement pour des problèmes causés par la pollution de l’air. Il est grand temps de s’attaquer aux causes des cancers et non seulement développer des méthodes de guérison temporaire.

Benoît Grenier et Pascal Grenier
Québec
(418) 529-7890

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